Episode 6

ENSEMBLE

Imaginez tout quitter du jour au lendemain.
Traverser des frontières, laisser derrière soi sa langue, sa maison, sa famille. Et une fois arrivé en France… recommencer à zéro, sans repères, sans toit, sans droits clairs. Dans ces moments-là, une question revient toujours :
qui tend la main ?

Chaque année, en Auvergne-Rhône-Alpes, des milliers de personnes exilées – femmes, hommes, familles – arrivent pour fuir la guerre, la persécution, la misère ou l’oppression.   Demandeurs d’asile ou réfugiés, elles espèrent reconstruire une vie plus sûre. Mais en arrivant ici, elles se heurtent à une série d’obstacles :
trouver un logement, comprendre les démarches, accéder aux soins, apprendre le français, trouver un travail, sortir de l’isolement.

Dans cet épisode, on plonge au cœur de l’accueil en Auvergne-Rhône-Alpes, et en particulier à Lyon. On va voir comment l’hospitalité se construit concrètement : à l’échelle de la Métropole, avec les associations de terrain, et grâce aux gestes, parfois minuscules, des habitants. Parce qu’au-delà des dispositifs et des chiffres, l’accueil, c’est d’abord une histoire de rencontres. Et c’est surtout quelque chose qu’on ne peut faire qu’ensemble.

Contributeurs

Juliette CHOUKROUN — Réalisation, Entretiens

Souwebath ASHANTI — Entretiens

Laurine TEXIER — Conception éditoriale, Voix off

Soriba CAMARA — Voix off

Diane LEGODOU — Réalisation, Conception éditoriale, Voix off

Yolaine RAYMOND — Réalisation, Entretiens, Direction artistique, Voix off

 

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Témoignages

Yann MOSSE — Médecins du Monde

Nicolas FERRO — Architectes sans frontières

Arnaud de RIVIERE — Juriste et Chargé de développement à CNT-SO

Nicolas ALLIOT — Reponsable de communauté à Emmaüs

Nicolas CHAMBON — Sociologue pour l’Orspere Samdara

Benjamin DAMASCO — Mission Hospitalité, Métropole de Lyon

Nicolas BERUT — Un Toit d’Abord, Métropole de Lyon

Intervenants sociaux à ADOMA

Personnes exilées anonymes

 

Focus

Imaginez tout quitter du jour au lendemain. Traverser des frontières, laisser derrière soi sa langue, sa maison, sa famille. Et une fois arrivé en France… recommencer à zéro, sans repères, sans toit, sans droits clairs. Que se passe-t-il alors? Qui tend la main?

Chaque année, des milliers de personnes exilées – femmes, hommes, parfois familles entières – arrivent en France pour fuir la guerre, la persécution, la misère ou l’oppression. Demandeurs d’asile ou réfugiés, ils aspirent à reconstruire leur vie dans un environnement plus sûr. Mais une fois ici, les obstacles sont nombreux: trouver un logement, comprendre les démarches administratives, surmonter la barrière de la langue, accéder à des soins, à un emploi, à une écoute.

Cette thématique propose un panorama des acteurs et des actions qui œuvrent à l’accueil et à l’accompagnement des personnes exilées en Auvergne-Rhône-Alpes. Elle s’attache à identifier qui agit concrètement sur le territoire, à quels niveaux et selon quelles modalités, pour soutenir les parcours d’intégration.

Des collectivités locales, telles que la Métropole de Lyon, aux associations de terrain, en passant par les dispositifs publics, les initiatives citoyennes et les formes de solidarité informelles, cette thématique met en lumière la diversité des réponses existantes. Elle montre comment ces actions, souvent complémentaires, rendent possible l’accès aux droits, l’accompagnement social, l’insertion et la création de liens durables.

Au-delà des cadres institutionnels et des données chiffrées, cette approche donne à voir des parcours humains, façonnés par des engagements quotidiens, des dynamiques de coopération et des rencontres qui jouent un rôle déterminant dans les trajectoires d’installation des personnes concernées.

Commençons par l’action des collectivités locales, et en particulier celle de la Métropole de Lyon. Depuis quelques années, la Métropole – c’est-à-dire le gouvernement local de l’agglomération lyonnaise – s’est engagée dans une démarche qu’elle appelle « l’hospitalité ». Cette politique incarne une volonté assumée de dépasser le strict cadre des compétences juridiques pour répondre à une urgence humaine croissante : celle des personnes exilées qui, après avoir fui leur pays, arrivent sur le territoire sans solution immédiate de logement, d’accès aux droits, ou d’intégration.

En quoi consiste cette politique ? Elle vise à améliorer l’accueil et l’intégration des personnes exilées sur le territoire, même si, officiellement, la gestion de l’asile et de l’intégration relève d’abord de l’État. Cette implication de la Métropole est relativement récente, mais elle témoigne d’un changement profond dans la manière de concevoir la solidarité territoriale.

Nicolas Bérut, acteur de terrain sur les questions de santé et de précarité depuis plus de vingt ans, constate justement un changement d’attitude de la part des élus locaux :

« Après, la Métropole est en train de développer une politique qui s’appelle « l’hospitalité ». C’est-à-dire qu’il y a des élu·es qui reconnaissent que ce n’est pas de leur compétence – c’est bien à l’État de donner les réponses – mais on reconnaît qu’on est une ville attractive et qu’on ne peut pas faire fi des besoins de la population en vulnérabilité, et qu’il faut apporter des réponses. » — Nicolas Bérut

Ce témoignage éclaire un tournant : pour la première fois, les élus locaux prennent acte de la réalité sur le terrain et choisissent d’y répondre, même partiellement. La politique d’« Hospitalité » lancée par la Métropole illustre cette prise de conscience. Elle consiste à s’assurer que chaque personne exilée présente sur le territoire puisse être accompagnée dans toutes les dimensions de son installation : accès à un logement stable, apprentissage du français, suivi de santé physique et mentale, accès à la formation et à l’emploi. Autant d’aspects indispensables pour permettre une insertion digne, humaine et durable dans la société.

Pour donner corps à cette politique, la Métropole a mis en place une délégation spécifique, dirigée par une vice-présidente, avec pour mission de coordonner l’ensemble des actions en faveur des personnes exilées. Cette délégation s’appuie sur des partenaires de terrain et un réseau d’associations spécialisées.

Monsieur Damasco, qui participe activement à cette mise en œuvre, explique qui sont les bénéficiaires ciblés et quels dispositifs ont été concrètement déployés :

« Une personne primo-arrivante, c’est quelqu’un qui vient d’un pays en dehors de l’Union européenne, qui vit en France depuis moins de cinq ans et qui a signé un contrat d’intégration avec l’État. Donc tous ces publics-là, pour les accompagner, on a financé en parallèle des projets qui sont portés par des associations : il y en a une dizaine qui ont été financées pour une quinzaine de projets en tout. Avec des entrées sur le logement, sur l’emploi, sur les questions de santé – notamment de santé mentale – et sur le lien entre la société d’accueil et la personne nouvellement arrivée. » — B. Damasco

Ainsi, les « primo-arrivants » – c’est-à-dire les personnes installées depuis moins de cinq ans et en cours de parcours d’intégration – bénéficient d’un soutien renforcé. Environ quinze projets ont été lancés, menés par une dizaine d’associations locales engagées, et couvrant un large éventail de besoins : de l’aide à la recherche de logement au soutien psychologique, en passant par l’insertion professionnelle et la création de liens sociaux durables avec la population locale. Cette approche transversale, qui croise le social, le sanitaire, le linguistique et l’économique, vise à éviter les ruptures de parcours et à inscrire l’accueil dans la durée.

Mais cette mobilisation locale ne suffit pas à compenser les carences du dispositif national. Fin 2024, la France comptait environ 106 975 places dans le Dispositif National d’Accueil (DNA), soit une légère baisse par rapport à 2023. Officiellement, 72 % des demandeurs d’asile éligibles étaient hébergés – un record. Toutefois, ce chiffre masque une réalité plus préoccupante : plus de 57 000 demandeurs d’asile étaient laissés sans solution, ni hébergement, ni accompagnement. En effet, le DNA ne couvre que 43 % des demandes en cours d’examen. Les autres doivent se contenter d’une allocation logement de 7,40 € par jour, ou ne perçoivent rien du tout, notamment ceux sous procédure Dublin ou déboutés de l’asile. Ces personnes se retrouvent souvent en errance, contraintes de vivre dans des squats, des campements de fortune, ou à la rue.

En Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région française en nombre de demandes d’asile, la tension est particulièrement forte. La Métropole de Lyon illustre cette pression : elle finance 27 000 places d’hébergement d’urgence, soit 150 % de plus qu’il y a dix ans, avec un budget annuel de 110 millions d’euros. Pourtant, ces efforts ne suffisent pas à répondre à la demande : les 377 places supplémentaires créées en 2024 ont été saturées dès leur ouverture. À la fin de l’année, environ 7 300 ménages étaient toujours en attente d’une place via le numéro d’urgence 115. Pire encore, la durée moyenne de séjour en hébergement d’urgence atteint 44 mois – presque quatre ans –, et 29 % des personnes y vivent depuis plus de cinq ans. Ce phénomène révèle un engorgement massif du dispositif. En parallèle, on recensait dans la Métropole 60 sites occupés de manière informelle en 2023 (squats ou campements), et 118 dans l’ensemble de la région, abritant quelque 2 216 personnes début 2024, dont très peu ont pu être relogées durablement.

La capacité d’accueil en centres spécialisés (CADA — Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile : dispositif d’hébergement destiné aux personnes qui déposent une demande d’asile. Le CADA offre un logement temporaire, un accompagnement administratif, social et parfois juridique pour les aider dans leurs démarches de demande d’asile. Le but est de garantir des conditions décentes d’accueil pendant l’instruction de la demande., HUDA — Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asile : Ce sont des places d’hébergement d’urgence, souvent temporaires et plus précaires, destinées aux demandeurs d’asile en attente d’une place en CADA ou en cours de procédure. Le HUDA vise à éviter le sans-abrisme brutal en proposant un toit dans l’attente d’une solution plus stable., CPH — Centre Provisoire d’Hébergement : lieu d’hébergement temporaire, souvent destiné aux personnes en grande précarité, parfois en lien avec les demandeurs d’asile ou les personnes sans-abri. C’est une structure d’urgence qui permet d’offrir un toit et un accompagnement social avant un relogement dans une solution plus durable.) reste insuffisante. La région ne compte que 312 places en Centres Provisoires d’Hébergement (CPH) pour les réfugiés statutaires, réparties sur cinq départements. Ces places sont cruciales pour aider les personnes réfugiés à rebondir après l’obtention de leur statut, mais elles sont trop peu nombreuses face à la demande croissante.

Face à cette saturation, les pouvoirs publics locaux expérimentent de nouvelles solutions. En 2025, la Préfète de région, Fabienne Buccio, a lancé une initiative inédite dans deux centres ADOMA du Rhône, à Oullins et Vaulx-en-Velin. Il s’agit d’évaluer la situation de 72 résidents de longue durée, afin de vérifier si certains peuvent être réorientés vers d’autres dispositifs ou vers le droit commun. Cette opération vise à redonner à l’hébergement d’urgence sa vocation de court terme et à libérer des places pour les plus vulnérables. Mais le relogement reste un point de blocage majeur : en 2024, seulement 563 logements sociaux ont été attribués à des personnes sans-abri dans le Rhône, et 554 à des sortants de centres. La pénurie de logements sociaux, combinée à la complexité des situations administratives, freine toute sortie durable de la précarité résidentielle.

Dans ce contexte tendu, la Métropole poursuit son travail de coordination et de structuration de l’accueil. Un projet emblématique illustre cette dynamique : la Maison de l’hospitalité. Ce lieu, ouvert il y a quelques mois maintenant, incarne une nouvelle manière de penser l’action sociale :

« Un outil qu’on est en train de développer, qui s’appelle la Maison de l’hospitalité. Donc c’est un lieu qu’on aimerait ouvrir dans les mois qui viennent, qui permettra aux acteurs de l’hospitalité – donc de l’accueil et de l’intégration des personnes primo-arrivantes – de se réunir, de partager leurs pratiques, de former des partenariats qui n’existaient pas jusqu’à présent. Mais [ce sera ouvert] aussi à des acteurs extérieurs : on aura des personnes qui seront résidentes de cette Maison de l’hospitalité, et d’autres acteurs pourront venir pour tenir des permanences, faire des ateliers, organiser pourquoi pas une assemblée générale s’ils ont besoin de locaux, [ainsi qu’] avoir des espaces d’exposition, des lieux pour des tables rondes, des conférences » B. Damasco

La Maison de l’hospitalité, officiellement ouverte en juin 2025, fonctionne désormais comme un centre de ressources vivant et un lieu de coordination entre acteurs de l’accueil. Elle accueille une dizaine d’associations spécialisées, propose des permanences administratives, des ateliers de français, des consultations de santé, un café associatif et des espaces pour des expositions ou conférences. Véritable lieu de vie sociale, elle permet aux professionnels et aux bénévoles de se retrouver, de mutualiser leurs compétences, mais aussi d’offrir aux personnes exilées un espace où elles peuvent se sentir accueillies, accompagnées et actrices de leur parcours. Dans une logique d’ouverture au quartier et de valorisation des initiatives, la Maison de l’hospitalité accueille régulièrement des événements publics et développe un réseau partenarial en constante évolution. Ce projet symbolise une hospitalité active et collective, fondée sur la coopération, la reconnaissance mutuelle et l’engagement citoyen. La Métropole de Lyon, en soutenant et en animant cette dynamique, endosse un rôle essentiel de facilitateur dans un écosystème où chaque acteur, institutionnel ou associatif, trouve sa place pour faire vivre l’accueil au quotidien.

L’accès aux soins constitue un enjeu fondamental pour les personnes exilées, à la fois en matière de droits humains et de santé publique. En théorie, les demandeurs d’asile bénéficient de la Protection Universelle Maladie (PUMa) après trois mois de présence en France, tandis que les plus précaires peuvent obtenir la Complémentaire Santé Solidaire. Les personnes sans papiers, quant à elles, peuvent demander l’Aide Médicale d’État (AME). Toutefois, la réalité diffère souvent fortement du cadre légal : barrières linguistiques, complexité des démarches administratives, méconnaissance des droits, saturation des services, ainsi que méfiance vis-à-vis des institutions limitent concrètement l’accès effectif aux soins. Selon un rapport européen de Médecins du Monde, 72 % des problèmes de santé des migrants en situation irrégulière sont mal soignés ou pas soignés du tout, illustrant l’urgence et l’ampleur de ce défi.

À Lyon, l’association Médecins du Monde joue un rôle clé dans la réduction de ces inégalités d’accès à la santé. Yann, membre de l’antenne lyonnaise, décrit précisément les actions menées :

« À Lyon, on a trois activités principales. On a un centre de soins qui permet d’accueillir le public, avec droits ou sans droits, et d’essayer de les orienter vers les dispositifs de santé auxquels les personnes devraient avoir accès. On a une mission mobile, un bus qui intervient deux jours par semaine place Pernet à Perrache, et qui sert à créer du lien, de l’accompagnement, de l’écoute aussi pour des personnes qui voudraient avoir des conseils en santé ou sur d’autres thématiques. Et après, on a une mission qui intervient sur des terrains informels sur la Métropole, autour du périphérique ou dans d’autres endroits. L’idée c’est de faire de la médiation en santé : d’aller voir des publics qui sont coupés du dispositif de soins pour les raccrocher à des structures de santé, faire de l’accompagnement, de l’interprétariat, et essayer de faire des ponts qui devraient déjà exister mais qui malheureusement n’existent pas. » — Yann, Médecins du Monde

Plus concrètement, Médecins du Monde gère le Centre d’Accueil, de Soins et d’Orientation (CASO), situé dans le 1er arrondissement de Lyon, offrant des consultations médicales et sociales gratuites et accessibles. Le centre assure un accueil large, facilitant l’orientation vers les structures spécialisées en fonction des besoins (hôpitaux, spécialistes), particulièrement pour des pathologies souvent aggravées par l’absence prolongée de soins, telles que les maladies chroniques (diabète, hypertension), les troubles psychiques ou encore les grossesses non suivies.

Par ailleurs, la mission mobile sous forme de bus présente deux fois par semaine place Pernet à Perrache crée un premier lien informel avec des personnes souvent éloignées du système de santé classique, offrant conseils médicaux de base et écoute attentive. Enfin, une équipe mobile va directement au-devant des populations vivant dans des campements ou squats à la périphérie lyonnaise, pour un travail approfondi de médiation, incluant l’interprétariat et l’accompagnement administratif, afin de rétablir un parcours de soin effectif pour ces publics très marginalisés.

Les initiatives publiques viennent compléter ces actions associatives. Les Hospices Civils de Lyon, via les Permanences d’Accès aux Soins de Santé (PASS), accueillent chaque année des milliers de patients exclus des dispositifs classiques, offrant consultations gratuites et interprétariat si nécessaire, même si ces permanences demeurent souvent saturées.

En outre, des innovations locales comme l’ »ordonnance visuelle » du Centre communal d’action sociale de La Voulte-sur-Rhône en Ardèche améliorent la compréhension des traitements médicaux pour les personnes non-francophones. Des ateliers de médiation santé par Alertes-Santé ou la Croix-Rouge, et la formation de médiateurs interculturels par l’association LEA-Médiation à Lyon renforcent également l’autonomie des personnes exilées face au système de santé.

Malgré ces progrès, des défis persistants demeurent, notamment dans le suivi psychologique des traumatismes liés à l’exil, ainsi que dans l’accès aux soins maternels et pédiatriques pour les femmes migrantes. À ce titre, des collectifs citoyens tels que « Mamans sans frontières » ou SOS Prépas interviennent pour combler ces lacunes en offrant un accompagnement solidaire vers les services médicaux appropriés.

Enfin, les difficultés rencontrées par les migrants refoulés à la frontière franco-italienne, notamment à Montgenèvre/Briançon, mettent en exergue l’importance cruciale d’un accès continu aux soins tout au long des parcours migratoires, ces situations d’urgence se répercutant indirectement sur Lyon, où certaines personnes arrivent déjà en situation sanitaire très dégradée.

En somme, l’accès à la santé des personnes exilées en Auvergne-Rhône-Alpes progresse grâce à l’action conjuguée des associations, collectivités locales et structures hospitalières, mais demeure fragile. Un parcours de soins cohérent, coordonné entre acteurs sociaux, médicaux et associatifs, reste indispensable afin que ce droit fondamental à la santé ne demeure pas uniquement théorique, mais se traduise par une prise en charge effective et humaine des publics les plus vulnérables.

Si l’engagement des institutions publiques est essentiel, l’accueil quotidien des personnes exilées repose aussi largement sur la mobilisation des citoyens eux-mêmes. Au-delà des dispositifs officiels, les initiatives individuelles et associatives forment un maillage dense de solidarité en Auvergne-Rhône-Alpes.

Monsieur Damasco souligne l’importance de ces gestes d’hospitalité simples et spontanés :

« L’accueil citoyen, c’est quelque chose de simple, de spontané, presque naturel. Par exemple, ça peut être juste discuter avec quelqu’un rencontré un après-midi sur un terrain de foot, lui offrir un café de temps en temps, ou l’aider à comprendre une démarche administrative qui nous paraît banale, mais qui peut être compliquée quand on est seul. L’idée, c’est que même un petit geste, sans que ça ne nous demande beaucoup, peut vraiment faire la différence pour l’autre. Et souvent, ces petites attentions donnent envie d’en faire plus ensuite. Mais ce n’est pas une obligation : chaque petit geste compte, et c’est déjà très bien. » — B. Damasco

En effet, accueillir une personne exilée ne signifie pas nécessairement tout bouleverser dans sa vie. Partager un café, discuter, expliquer une formalité administrative sont autant d’actes simples qui créent du lien social et brisent l’isolement souvent ressenti par les nouveaux arrivants. Ces petits gestes sont essentiels pour instaurer un climat d’accueil bienveillant au sein de la communauté. Ils permettent de dépasser la simple notion d’aide ponctuelle pour construire progressivement une relation humaine et chaleureuse, indispensable à une intégration réussie.

Ces gestes citoyens donnent parfois envie de s’engager davantage. Dans la région, des habitants deviennent bénévoles auprès d’associations reconnues comme Forum Réfugiés-Cosi, France Terre d’Asile ou La Cimade, impliquées dans l’accueil des demandeurs d’asile, l’accompagnement juridique et l’intégration sociale. Ces structures offrent un cadre structuré permettant aux bénévoles d’agir efficacement, que ce soit en aidant à remplir des dossiers administratifs, en accompagnant des personnes lors de rendez-vous officiels ou encore en proposant un soutien psychologique informel mais crucial.

Certaines personnes vont même jusqu’à héberger temporairement des personnes exilés via des réseaux tels que JRS (jesuit refugee service) Welcome à lyon ou SINGA Lyon,

Terre d’Ancrages qui oeuvre aussi pour un accueil digne et chaleureux des personnes en exil, Caracol qui proposent des colocations temporaires, multiculturelles & solidaires, participant ainsi à une hospitalité concrète et chaleureuse. Cette forme d’engagement, bien que plus exigeante, représente une véritable opportunité d’échange culturel, enrichissant autant les personnes accueillies que les familles accueillantes. Des témoignages positifs montrent combien ces expériences sont bénéfiques, créant des liens durables et une meilleure compréhension mutuelle.

Les collectifs citoyens innovants, comme Utopia 56, le Collectif Agir Migrants ou encore Watizat, développent également des initiatives originales et adaptées aux réalités du terrain : maraudes nocturnes, distribution régulière de kits de survie (tentes, couvertures, nourriture), diffusion de guides multilingues recensant les ressources disponibles ou encore organisation d’ateliers de formation à destination des personnes réfugiés. Watizat publie notamment chaque mois un guide multilingue très utile pour orienter les nouveaux arrivants vers les structures d’aide à Lyon, facilitant leur autonomie dès leur arrivée.

En parallèle, des structures comme Habitat et Humanisme proposent des solutions durables de logement solidaire, avec notamment la Maison de l’Hospitalité à Villeurbanne. Cet établissement original accueille et accompagne des publics variés (personnes réfugiés, personnes âgées, personnes en situation de handicap) dans une logique d’intégration sociale globale, favorisant les échanges intergénérationnels et interculturels. D’autres associations, comme l’association ALPIL ou Entraide Pierre Valdo, apportent aussi leur soutien actif dans la recherche de logements dignes et abordables, souvent en partenariat étroit avec les collectivités locales.

Enfin, le tissu associatif régional offre un accompagnement précieux pour l’intégration sociale et linguistique. Des organisations telles que Eris, Langues Comme Une, Alliance Française Lyon ou encore les moments Singa blabla, ou différents centres social dont celui des Buers à Villeurbanne favorisent l’apprentissage du français mais aussi pour certains l’expression artistique, essentielles pour l’autonomie et l’insertion des personnes exilés. Ces activités créatives et éducatives permettent aux nouveaux arrivants d’acquérir rapidement des compétences linguistiques, de regagner confiance en eux et de participer activement à la vie locale.

Ces actions citoyennes s’inscrivent dans un cadre plus large de coopération avec les institutions publiques, comme la Métropole et la Ville de Lyon, qui financent et coordonnent de nombreux projets associatifs et citoyens via leur plan d’action « Lyon Ville Hospitalière » ou l’adhésion à l’Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants (ANVITA). Ces initiatives locales bénéficient ainsi d’une reconnaissance et d’un soutien institutionnel, renforçant leur impact et leur pérennité.

Ainsi, l’engagement citoyen complète efficacement les dispositifs publics et institutionnels. Même si chaque geste peut sembler modeste individuellement, ensemble ils constituent une réponse forte, collective et humaine face aux défis de l’accueil et de l’intégration des personnes exilées dans la région. À travers cette solidarité active et diverse, les citoyens d’Auvergne-Rhône-Alpes démontrent leur volonté concrète d’offrir à chacun une chance de reconstruire dignement sa vie dans un nouveau pays.

 

Référentiel des sources citées – Accueil des personnes exilées en Auvergne-Rhône-Alpes

1. Sources orales (interviews et audios)

  • Nicolas Bérut – acteur de terrain depuis plus de vingt ans sur les questions de santé et précarité.
    Apport : explique la nouvelle implication des élus de la Métropole de Lyon dans la politique d’« hospitalité » et son intérêt pour les questions de vulnérabilité. Pertinent pour mesurer le changement institutionnel et l’impact sur les personnes exilées.
  • Benjamin Damasco – responsable de coordination des projets pour les primo-arrivants à la Métropole de Lyon.
    Apport : détaille la mise en œuvre concrète des projets financés par la Métropole, l’accompagnement des primo-arrivants et la coordination avec les associations locales.
  • Yann – membre de Médecins du Monde à Lyon.
    Apport : décrit l’accompagnement médical et la médiation en santé pour les personnes exilées, notamment sur les terrains informels et les populations isolées.

2. Sources institutionnelles et statistiques

  • Dispositif National d’Accueil (DNA), France, 2024
    Source officielle : statistiques sur les places disponibles pour les demandeurs d’asile et taux de saturation du dispositif.
  • Préfecture du Rhône / Fabienne Buccio, 2025
    Source officielle : expérimentation dans deux centres ADOMA pour les résidents de longue durée et réorientation vers d’autres solutions.
  • Métropole de Lyon, Politique d’hospitalité
    Source institutionnelle : présentation de la démarche, création de la Maison de l’hospitalité, financement des projets associatifs et rôle de la vice-présidente en charge.
  • CADA, HUDA, CPH – Ministère de l’Intérieur, France
    Source institutionnelle : définition et fonctionnement des structures d’hébergement et d’accompagnement des demandeurs d’asile et réfugiés.
  • Hospices Civils de Lyon – PASS (Permanences d’Accès aux Soins de Santé)
    Source institutionnelle : informations sur l’accès aux soins pour les populations exclues du système classique.

3. Sources web et associations

🏛️ Associations nationales ou locales

Forum Réfugiés-Cosi : https://www.forumrefugies.org/

France Terre d’Asile : https://www.france-terre-asile.org/

La Cimade : https://www.lacimade.org/

JRS Welcome Lyon : https://www.jrsfrance.org/ 

SINGA Lyon : https://singalyon.fr

Utopia 56 : https://utopia56.com/

Watizat : https://watizat.org/

Habitat et Humanisme : https://www.habitat-humanisme.org/

ALPIL (Association pour le logement et l’insertion) : https://www.alpil.fr/

 

🏫 Associations linguistiques et éducatives

Langues Comme Une : https://www.languescommeune.fr

Alliance Française Lyon : https://www.aflyon.org

Centre Social des Buers : https://www.csbuers.fr

🏠 Hébergement et initiatives citoyennes

Terre d’Ancrages : https://terredancrages.org

 

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