Episode 5

VIVRE ICI

 imaginez un bâtiment qui respire, qui chauffe, dont l’éclairage projette votre ombre dans la rue. Imaginez une porte qu’on pousse, un soir d’hiver. Il fait froid dehors, les rues de la Guillotière brillent encore de pluie, et derrière la porte… la chaleur s’engouffre. C’est l’ECG : l’Espace Communal de la Guillotière. 

Un lieu né d’un squat, ouvert par nécessité, transformé par celles et ceux qui y vivent. Ici, on apprend à vivre autrement. On apprend surtout à vivre ici… quand on vient d’ailleurs.

Aujourd’hui, des voix vont nous guider. Des voix prêtées, offertes, pour protéger celles et ceux qui ont parlé sans vouloir être exposés. Ce sont leurs mots, mais vos voix. Et ensemble, on entre.

Contributeurs

Juliette CHOUKROUN — Réalisation, Entretiens

Souwebath ASHANTI — Entretiens

Laurine TEXIER — Conception éditoriale, Voix off

Soriba CAMARA — Voix off

Diane LEGODOU — Réalisation, Conception éditoriale, Voix off

Yolaine RAYMOND — Réalisation, Entretiens, Direction artistique, Voix off

 

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Témoignages

Yann MOSSE — Médecins du Monde

Nicolas FERRO — Architectes sans frontières

Arnaud de RIVIERE — Juriste et Chargé de développement à CNT-SO

Nicolas ALLIOT — Reponsable de communauté à Emmaüs

Nicolas CHAMBON — Sociologue pour l’Orspere Samdara

Benjamin DAMASCO — Mission Hospitalité, Métropole de Lyon

Nicolas BERUT — Un Toit d’Abord, Métropole de Lyon

Intervenants sociaux à ADOMA

Personnes exilées anonymes

 

Focus

À l’intérieur, tout semble improvisé… mais tout est pensé.
  Une grande salle commune, chauffée au bois.
  Le poêle ronfle doucement.
  Quelques vélos appuyés contre le mur — ceux des livreurs qui passent se réchauffer.
  Des discussions en plusieurs langues.
  Un frigo au fond de la pièce.
  Des chaussures qui sèchent près du radiateur.
  Des regards fatigués, mais vivants.
  Et surtout, une règle :
 Ici, personne ne reste dehors.

  « J’ai fait partie du squat ouvert en 2017. Je suis resté des années sans papiers, sans pouvoir faire de demande d’asile… Mais je me suis pas pris la tête. »

  Il sourit quand il dit ça, Alpha.
  Comme si le fait d’être resté debout, malgré tout, valait déjà victoire.
  À l’ECG, on commence par exister dans un lieu.
  Ensuite, seulement, on peut apprendre à exister dans une ville.

 

Apprendre le collectif

  Les règles ne viennent pas d’en haut.
  Elles naissent autour d’une table, parfois d’un conflit, souvent d’un besoin.
  Chaque semaine, les habitants se réunissent :
  une AG, des votes, des décisions prises ensemble.
  C’est une petite école du collectif.

  « Les règles ont été créées entre habitants. On fait des réunions, des AG, et les décisions se prennent au vote. »

  On pourrait croire que c’est chaotique.
  Mais non.
  C’est fragile, oui. C’est humain.
  Et c’est ça qui tient les murs.

 

Découvrir la ville

  Chaque ville a son langage secret :
  les portes qu’on peut pousser,
  les guichets où on vous écoute,
  ceux qui vous ferment la porte au nez,
  les endroits où “ça passe mieux”,
  et les réseaux invisibles qui guident ceux qui n’ont pas de plan.

  « L’ECG, c’est devenu un point central pour les migrants qui arrivent à Lyon. Ceux qui comprennent le système doivent aider les autres. Mais il faut aider les gens à s’émanciper. Le but, c’est qu’ils n’aient plus besoin de nous. »

  Apprendre à vivre ici, c’est apprendre la ville…
  par les autres, et pour les autres.

 

Traverser l’administratif

  Et puis, un jour, il faut franchir le mur invisible de l’administration.
  La demande d’asile.
  Les rendez-vous impossibles.
  Les papiers qu’on ne comprend pas.
  Les heures d’attente.
  Les refus.
  Et parfois, une petite lumière.

  « Les habitants de l’ECG, ils ont tous fait la demande d’asile. Ils conseillent énormément de gens. »

  On ne traverse pas l’administration seul.
  Ici, on apprend à la traverser en groupe.

 

Apprendre la langue

  Dans la salle commune, on entend parfois des sons étranges.
  Des répétitions.
  Des syllabes prononcées trop lentement.
  Des verbes conjugués dans l’air.
  Ce sont des cours de français improvisés, donnés par un voisin, une bénévole, un ami.

  « Pour l’insertion, les cours de français c’est obligatoire. Les patrons ne prennent pas si on ne parle pas un minimum français. »

  La langue, ce n’est pas seulement une clé.
  C’est un abri.
  C’est la première pièce d’une maison intérieure.

 

Travailler ici

  On pourrait croire que travailler, c’est simple :
  trouver un patron, faire un contrat, recevoir un salaire.
  Mais pour beaucoup, c’est un labyrinthe.
  CV, fiches de paie, horaires, règles tacites…
  Dans un pays où tout est écrit — et contrôlé.

  « Le plus important c’est d’avoir des contacts de patrons qui sont prêts à embaucher. »

  Parfois, une vie entière tient sur un nom griffonné sur un bout de papier.

 

Les espaces de l’ECG

  Dans les couloirs, on trouve une salle de boxe.
  Une réserve de bois.
  Un salon de coiffure à prix libre.
  Un coin musique.
  Une permanence santé.
  Tous ces lieux — bricolés, récupérés, transformés — enseignent quelque chose.

La discipline.
  La dignité.
  La patience.
  La créativité.
  La résistance.

 

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 Vivre ici, c’est apprendre à vivre dans un monde qui ne vous attendait pas,
  dans une ville qu’on apprivoise,
  dans un collectif qui vous façonne,
  dans un quotidien où survie et solidarité se mêlent.

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